Suicide assisté et dystopies : la fiction nous avait prévenus

L’euthanasie et le suicide assisté ont été prévus depuis longtemps par la science-fiction. Petit tour d’horizon :

Chieko Baisho dans le film « Plan 75 », de Chie Hayakawa, 2022 (EUROZOOM). Une femme âgée s'appuie à la rambarde de son balcon, elle semble pensive et on voit la forêt et la montagne au loin.
Chieko Baisho dans Plan 75, Chie Hayakawa, 2022 (EUROZOOM)
  1. Richard Matheson, L'examen, 1954
    Dans cette nouvelle, les personnes âgées sont soumises à un test annuel à partir de leurs 60 ans pour vérifier qu’elles ne sont pas démentes. Si elles le sont, elles doivent être euthanasiées.
    « Tom Parker était très droit, ses mains maigres et veinées jointes sur la table, ses yeux bleu pâle fixant intensément les lèvres de son fils Les… Il avait 80 ans et c’était son quatrième test :
    – “Répète cette suite de chiffres”, dit Les.
    – “Suite de chiffres”, murmura Tom, tentant d’assimiler les mots. “Eh bien?”
    – “Papa, je t’ai déjà donné la première”, répondit Les. »
    (Richard Matheson, The Test, 1954, traduction condensée)

    SPOILER : Ayant honte d’avoir échoué au test, le protagoniste finira par acheter le poison en pharmacie et à l’ingérer chez lui, pour ne pas être un poids. Suicide assisté « consenti », donc.
  2. Yukito Kishiro, Gunnm, 1995
    Dans ce manga culte, les habitants de la cité idéale Zalem sont toujours en bonne santé. Ils ont « librement » recours à la cabine “Endjoy” pour mettre fin à leurs jours.
    Une société qui liquide ses membres inaptes (avec leur « accord »). Illustration de Zalem, sa cabine Endjoy, son conduit d’évacuation et en dessous la décharge (où vivent les autres humains imparfaits)
    Illustration : cabine “Endjoy” (Zalem, Gunnm)
  3. Vincent Gerber, SuissID, 2016
    « La réussite de SuissID a été fulgurante, [son] succès ne cesse d’étonner. Durant ces dernières années, la mort volontaire a été en constante évolution, jusqu’à devenir la plus grande cause de mortalité dans notre pays…
    Je me suis dit : la demande est là, il y a un marché. Pourquoi ne pas se lancer ? »
    (Philippe Bochart, directeur de l’entreprise SuissID, dans la nouvelle éponyme)

    Ici, la réalité rejoint la fiction…
    « Je pense que le sujet n’est pas économique, mais social et sociétal. Le taux de suicide des personnes âgées en France montre que la demande est déjà là. »
    Matthias Savignac, Président de la mutuelle MGEN, Marianne, 21/04/2024
  4. Chie Hayakawa, Plan 75, 2022
    Ce film imagine que les personnes de 75 ans peuvent être euthanasiées par l’État japonais, à condition qu’elles le demandent. Elles y sont encouragées via une subvention, consommable avant l’euthanasie ou transmise à leurs proches.
    (Disponible sur Arte jusqu’à juillet 2025)
    On pense à ce témoignage digne de Malthus d’un couple belge ayant sollicité le suicide assisté en 2015 :

    « Nous sommes trop nombreux sur cette terre. Il n'y a plus d'argent pour payer les pensions des retraités. Pour les jeunes, il n'y a pas assez de travail. […] Car il y a aussi un aspect économique : nous pouvons faire gagner beaucoup d'argent. Un home correct coûte plus cher que le montant de nos pensions, donc nous devons puiser dans nos économies. »

    Économies laissées intactes donc, dont leurs enfants auront hérité après leur suicide assisté.

Pour éviter de se réveiller dans un épisode de Black Mirror une fois la loi Falorni adoptée, on se mobilise : #StopLoiSuicideAssisté